Eurovision : entre fast-food, spaghettis et kouign-amann

Billet d’humeur sur le concours Eurovision de la chanson 2022, face à une globalisation de la langue de Shakespeare.

La 66ᵉ édition de l’événement musical a lieu ce samedi 14 mai, à Turin, en Italie‚ à la suite de la victoire du groupe rock Måneskin lors de l’édition 2021, avec la chanson « Zitti e buoni » (« Taisez-vous et tenez-vous correctement »). C’est la troisième fois que le pays accueille l’Eurovision, après les éditions 1965 et 1991.

L’an passé, l’Italie a récolté 524 points et une belle victoire en proposant une chanson dans la langue nationale. Preuve absolue qu’il est inutile de s’égosiller à chanter en anglais. De notre côté des Alpes, la dernière victoire date de 1977 avec l’inusable  « L’Oiseau et l’Enfant » de Marie Myriam. Depuis, la France bat bien souvent de l’aile avec des chansons qui mélangent français et anglais. Un choix stratégique qui n’a pas vraiment porté ses fruits. Pourtant, les artistes français se sont exprimés avec succès dans la langue de Molière pendant plus d’une trentaine d’années. Pour preuve, entre 1956 et 1981, la France a remporté cinq fois la compétition. Face à une globalisation musicale, dont les raisons sont peut-être autant économiques que stratégiques, d’autres pays ont aussi emboîté le pas en chantant dans la langue de Shakespeare.

« À l’heure où chacun prétend défendre la diversité culturelle, il est stupéfiant d’en constater les curieuses contradictions »

En France, les langues régionales sont parfois mises à l’honneur, comme en 1992 (en créole martiniquais : « Monté la riviè » par Kali), 1996 (en breton : « Diwanit bugale » par Dan Ar Braz (& l’Héritage des Celtes)) ou 1993 (en français et en corse : « Mama Corsica »  par Patrick Fiori), sans vraiment grimper dans les classements, mais peu importe. Cette année, proposer une fois encore une chanson en breton, une langue moderne et bien vivante, est un choix intelligent, subtil et audacieux. Bravo au groupe breton Alvan & Ahez, qui représente la France cette année.

« Sur un concours comme celui-là, on doit s’assurer que le français est la langue qui est chantée, quitte à perdre au final » , avait revendiqué le ministre de la Culture Franck Riester sur France Info (1), souhaitant « défendre notre belle langue ». En effet, la majorité des chansons s’aligne aujourd’hui en anglais, au même titre que la variété alimentaire d’un fast-food. À l’heure où chacun prétend défendre la diversité culturelle, il est stupéfiant d’en constater les curieuses contradictions. L’événement serait-il devenu un produit de grande consommation ?

(1) Source : https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/8h30-fauvelle-dely/roman-polanski-gabriel-matzneff-loi-audiovisuelle-eurovision-le-8h30-franceinfo-de-franck-riester_3827323.html